Dérapages incontrôlés

Dans le Journal Du Diois de cette semaine, Alain Maurice accuse Philippe Méjean d’avoir « dérapé », lors qu’il a pointé du doigt l’augmentation de la dette de la ville sous le mandat d’Alain Maurice. Il nous a demandé de rectifier nos affirmations – nous avons donc vérifié les chiffres et les sources. Et nous sommes en mesure de confirmer que ce sont bien les finances de la ville de Valence qui ont dérapé. Entre 2008 et 2013, la dette de Valence a augmenté de 54 % au moins. Sur la même période, les communes de taille équivalente ont au contraire baissé la dette par habitant de 34,59 % en moyenne.

Reprenons le fil. Lors d’une de nos réunions publiques, Philippe Méjean avait repris un article de France Bleu, qui expliquait que sous le mandat d’Alain Maurice, la dette de la ville de Valence avait augmenté de 82 %.

A. Maurice a contesté ces chiffres. Ses arguments : l’augmentation serait due à des emprunts « toxiques » (swap) contractés par un prédécesseur en 2006 et à des remboursements dus à la ville au titre de la gestion de l’eau. Dont acte, mais le problème, c’est qu’une petite partie seulement de cette augmentation est imputable à ces emprunts. Le reste est bel et bien lié à la gestion des finances de la ville par Alain Maurice.

Reprenons le fil de cette histoire… La dette de la ville de Valence a fortement augmenté alors qu’Alain Maurice était maire de Valence. Au point que son successeur à la mairie, Nicolas Daragon, a commandé un audit sur les finances de la ville. Les conclusions sont claires : au cours du mandat d’Alain Maurice, la dette a augmenté de 82%. Et le budget prévu par l’équipe sortante, en 2016, ne laissait qu’un million d’euro disponible pour des investissements.

L’encours programmé de la dette en 2014 était de 77 M€ (72 M€ inscrits au budget primitif de la ville pour 2014). Il était d’un peu plus de 41 M€ en 2008 (début du mandat d’Alain Maurice), soit une hausse de 36 M€.

Toute cette dette n’est en effet pas imputable à Alain Maurice : en 2006 la ville avait eu recours à des emprunts « toxiques » (pour financer un peu plus de la moitié de sa dette). Mais d’après la Chambre régionale des comptes, « les pertes cumulées nettes (liées à ces emprunts) s’élèvent à 8,8 M€ au 31 décembre 2017 ».

Les emprunts toxiques n’expliquent donc qu’une petite partie de l’augmentation de la dette de la ville lorsqu’elle était dirigée par Alain Maurice. Dans le meilleur des cas, ces emprunts ont fait augmenter la dette de la ville de 20 %. Probablement moins car le surcoût de 8,8 M€ s’étend sur l’ensemble de la période de remboursement des prêts, plus longue qu’un mandat. La part correspondant au mandat d’Alain Maurice est donc très certainement plus faible.

Ce dernier explique par ailleurs que 6 M€ devaient être remboursés à la ville au titre de la gestion de l’eau. Dont acte. Ce remboursement, sur les conseils d’un rapport de la cour des comptes, interroge cependant sur la façon fort atypique dont a été gérée l’articulation entre budget principal et budget eau. En effet la gestion de l’eau relève normalement d’un budget annexe. Et les transferts d’un budget annexe vers le budget général sont très encadrés. Mais même sans tenir compte de ces 6 M€, l’augmentation de la dette de Valence reste substantielle : elle est a minima de 22 M€ soit +54% en six années de mandat. On est loin de la bonne gestion dont se vante Alain Maurice.

Le rapport commandé par N. Daragon pointe du doigt l’embauche de 314 agents supplémentaires. L’adjoint d’Alain Maurice explique que ce serait liée à la nécessité de titulariser des agents contractuels. C’est une initiative louable. Elle résonne toutefois curieusement dans le Diois. Aujourd’hui Alain Maurice annonce plutôt vouloir réduire la taille de la soi-disant « armée mexicaine » que constitueraient les agents municipaux et communautaires. Ces titularisations de contractuels ne peuvent pas se traduire par une forte augmentation des dépenses de la ville. A effectifs équivalents, les dépenses restent en réalité sensiblement les mêmes. L’augmentation de la dette de la ville ne peut donc être liée à ces embauches.

L’augmentation de la dette tient de fait largement à des investissements importants (41 M€ de dépenses d’équipement en 2013 par exemple, juste avant les élections, auxquelles Alain Maurice se représentait).

Sans tenir compte des emprunts contractés par son prédécesseur et en laissant de côté le remboursement lié à la gestion de l’eau, entre 2008 et 2013, la dette de Valence a donc augmenté de 54 % au moins. Sur la même période, les communes de taille équivalente ont au contraire baissé la dette par habitant de 34,59 % en moyenne.

Nos craintes sont donc fondées, d’autant plus que le chiffrage du projet porté par « Diois en Avant » ne cesse d’évoluer. Ainsi, la construction d’une nouvelle école à Chargière était d’abord évaluée à 2 M€, puis 3 M€, désormais 5,5 M€ – alors que les réalisations similaires en taille se chiffrent entre 8 et 10 M€, auxquels il faudra ajouter les coûts de construction d’une nouvelle Salle Polyvalente et l’ensemble des aménagements de voirie pour permettre la circulation des enfants jusqu’à cette nouvelle école. Tout ça pour rapprocher une école de gymnases déjà saturés et l’éloigner de la salle de sport qu’ils veulent faire construire par un privé à Chabestan !

Alain Maurice a par ailleurs recours à une pirouette politique : dès qu’on invoque le coût de ses promesses, il annonce un partenariat avec des investisseurs privés… Ce qui lui permet de ne donner aucun chiffre précis. Si ces investissements privés devaient réellement être réalisés (ce dont il est permis de douter), des espaces substantiels de la ville seraient ainsi privatisés, à commencer par l’espace Chabestan – les enfants étant priés de partir étudier ailleurs, pour laisser un groupe hôtelier implanter un complexe de luxe. Ce n’est plus Diois en Avant, c’est Diois à Vendre !


Et surtout, Alain Maurice se garde bien de dire que confier des équipements à des entreprises signifie inévitablement que le coût d’accès à ces équipements augmentera inévitablement : il en sera ainsi pour la salle de sport et la piscine couverte, qu’il veut privatiser.

Diois à vendre, moins de services publics et la ville aux investisseurs : ce n’est pas notre projet !

Pour la liste « Vivre ensemble », Philippe Méjean